Richard Geoffrion Photographe

LE POW WOW, MODERNITÉ ET DIGNITÉ… ? CHEZ LES PREMIERS PEUPLES

Avec cette exposition, je veux illustrer la beauté, la dignité et la modernité des premiers peuples d’Amérique du Nord avec lesquels nous partageons ce territoire. Les hommes et les femmes que je vous présente sont d’origine Abénaki, Abitiwinnik, Anishnabe, Assiniboine, Atikamekw, Chippewa, Cri, Hopi, Innu, Lakota, Malécite, Micmac, Mohawk, Navajo, Odjibwé, Oneida, Shoshone, Wendat et Yoreme. Je souhaite que cette rencontre créera un pont entre nos cultures afin de transcender nos préjugés et d’enrichir nos connaissances sur les traditions amérindiennes du pow wow.
Dès leur arrivée, les envahisseurs blancs européens on fait subir aux Amérindiens mille misères telles la dépossession des territoires, l’évangélisation, des trahisons à répétition, jusqu’à leur retirer leurs enfants. La Commission royale sur les peuples autochtones (R. Dussault et G. Erasmus, 1996) et la Commission de vérité et réconciliation du Canada (2015) ont bien documenté la maltraitance faite aux autochtones. En cela, on peut affirmer qu’ils émergent d’une période de grande noirceur. Leur résistance politique, leur résilience extraordinaire et l’attachement à leurs traditions ont généré une effervescence dans la production culturelle et artistique à l’échelle du Canada en musique, en poésie, littérature, cinéma, danse, théâtre et autres. Une nouvelle génération d’artistes prend maintenant la parole. La résurgence d’un circuit de pow wow bien organisé est aussi le reflet de cette relance artistique où la culture et les traditions des premiers peuples se vivent dans la modernité.
Rassemblement multiculturel des plus flamboyants, le pow wow se décline en deux versions, traditionnelle et de compétition, ayant un déroulement similaire, à quelques variables près. Elles reflètent les traits culturels spécifiques de la nation hôte. Dans tous les cas, le son du tambour (drum), symbolisant le battement du coeur de la Terre, est au centre de l’événement.
Un pow wow se déroule sur plusieurs jours selon les étapes suivantes : allumage du feu sacré au lever du soleil, parade de la Grande Entrée avec des invités spéciaux et des vétérans, installation du eagle staff et des drapeaux, discours de l’aîné suivi d’une variété de danses. Des moments spéciaux ponctuent le pow wow pour souligner un drame, un anniversaire ou d’autres célébrations.
Ces photographies ont été prises sur différentes réserves au Québec et en Ontario : Akwesasne, Cacouna, Gesgapegiag, Kanehsatake, Lac Simon, Manawan, Mashteuiatsh, Odanak, Pikogan, Pikwakanagan, Timiskaming First Nations, Waswanipi, Wendake, Wôlinak et au Summer Solstice Arboriginal Festival à Ottawa. Hyperréalistes, mes photographies n’ont subi aucune retouche ni recadrage.
En parcourant 12 000 km sur la route des pow wow durant les deux dernières années, j’ai eu l’occasion d’apprécier l’amabilité et de découvrir l’ouverture d’esprit de nos frères et soeurs des premiers peuples. Comme la majorité d’entre vous, j’étais ignorant de ces cultures millénaires qui sont si près de nous… mais si loin en même temps. Au cours de ces rencontres, j’ai développé un immense respect pour ces personnes et la certitude qu’il faut leur donner la parole et les écouter. Ma démarche artistique est un message d’espoir pour la reconnaissance et la survivance de leur culture.
Je suis heureux de partager avec vous l’humanité de ces hommes et ces femmes qui m’ont généreusement offert l’occasion de produire cette collection de photographies. Ce sont de véritables paysages humains, grandioses et d’une beauté prenante, que l’on doit chérir et protéger comme un trésor à révéler.

RICHARD GEOFFRION

Photographe, Montréal
www.richardgeoffrionphotographe.com


LA SYMBOLIQUE DU CERCLE

La symbolique du cercle, au cœur de l’organisation du pow wow, s’inspire de la Terre-Mère sur laquelle repose le tambour lui-même de forme circulaire; ainsi le son résonne à partir de centre. Les drums (musiciens) sont disposés en cercle autour du tambour. Dans le pow wow traditionnel, on installe parfois le eagle staff au centre de l’arène de danse, avec ou sans musiciens. Par contre, pour des raisons pratiques ou de sonorisation, les musiciens sont parfois regroupés en retrait du centre, sous une tente. La règle immuable du pow wow est que toutes les danses se font en cercle. Ce phénomène est bien documenté dans la littérature d’ethnomusicologie, nottament par les auteurs Tara Browner et Johanna Hofmann.

«Le cercle de danse est donc l’endroit où la transformation spirituelle est non seulement possible, mais prescrite et nécessaire. Le cercle de dans n’est pas seulement un espace sanctifié par les purifications rituelles et la prière, mais son essence même est sacrée.» Johanna Hoffman, 1997. Le tambour du pow-wow nord-américain, battement du coeur d’un peuple et rythme de sa spiritualité, Cahiers d’ethnomusicologie, 10, p.7.

Le régalia

Les vêtements colorés et flamboyants portés par les Amérindiens lors des pow wow se nomment regalia. Bien qu’ils soient spectaculaires par leurs couleurs, leur perlage, leur broderie et la complexité de leur assemblage, ils ne sont pas seulement des costumes de danse ou des déguisements de spectacle. Tout d’abord, le regalia permet à celui ou celle qui le porte de se connecter à sa spiritualité. Grâce à lui, le danseur se branche sur ses émotions, lesquelles sont amplifiées par le battement du tambour et le rythme des danses. Le regalia est à la fois l’expression de son identité culturelle et de son vécu personnel. Il est composé d’une mixité d’objets des plus traditionnels aux icônes plus contemporains tels que Superman, Hello Kitty, un logo d’équipe de hockey, ou n’importe quel autre symbole auquel la personne donne un sens. Les concepteurs intègrent les tendances actuelles et de modernité dans leur processus de création. Cela leur permet d’actualiser leur amérindianité selon des valeurs contemporaines.

La conception d’un regalia s’étale sur plusieurs années et sa fabrication se fait en famille. C’est alors l’occasion pour les aînés d’expliquer aux plus jeunes les traditions dans lesquelles s’inscrivent le pow wow. Porter un regalia a son prix et ses exigences et sa confection demande beaucoup de travail et d’inventivité. Parfois lourd à porter, puisqu’il peut peser jusqu’à 25 kg, il s’avère une enveloppe qui réchauffe tout le corps du danseur. Assemblé soigneusement et avec solidité, son coût peut s’élever à plusieurs milliers de dollars et, par respect, le public s’abstient de le toucher. Par contre, dans le pow wow traditionnel, il n’est pas nécessaire d’en porter un pour aller danser dans l’arène. Lorsqu’une plume d’aigle s’échappe d’un regalia en tombant au sol dans l’arène de danse, cela provoque immédiatement l’arrêt des danses et le silence du tambour. Le rituel mis en place pour récupérer la plume d’aigle peut durer jusqu’à trente minutes et implique des personnes expertes et reconnues pour leur sagesse.
 

LE POW WOW DE COMPÉTITION

Le pow wow de compétition diffère du pow wow traditionnel, dit de «représentation», par le fait que des prix en argent sont remis aux meilleurs danseurs et danseuses ainsi qu’aux meilleurs drums. Il est administré selon des règlements préétablis. Les danseurs sont identifiés et portent de magnifiques regalia pour attirer l’attention des juges. Ces derniers, expérimentés et respectés, sont répartis en grand nombre tout autour de l’arène de danse et des drums. À la fin du pow wow, les gagnants et gagnantes sont présentés à la foule et peuvent recevoir des prix allant de 100$ à 10 000$. Ayant chacune leurs propres exigences, les compétitions sont divisées par catégories d’âge, de sexe, de types de chants et de danses. Toutes les danses se font en circonvolution dans l’arène et en synchronisme avec les drums.



Le eagle staff planté aux côtés du feu sacré.

Danse intertribale à Wendake.

Autour du feu, on peut se recueillir, à Timiskaming First Nations.

Le déroulement d’un pow wow

Le premier jour d’un pow wow traditionnel, dès le lever du soleil, on allume un feu sacré qui brûlera pendant toute la durée du pow wow. Pendant cette cérémonie intime, parfois ouverte au public, les participants rendent hommage à la Terre-Mère, à l’eau, à l’air, aux plantes médicinales, etc. Vers midi, résonne le son du tambour pour inaugurer le Grand Entry Song, suivi du Flag Song diffusés sur tout le site. Majestueuse et aux allures de victoire, la grande entrée présente ses eagle staff (bâtons de l’aigle) ses porteurs de drapeau, les invités spéciaux et tous les danseurs réunis qui marchent en rond dans l’arène de danse. Il est alors interdit de prendre des photos. Un ou une helder (sage) demande aux membres de l’assistance de se lever afin de leur expliquer le côté spirituel du pow wow, ses valeurs de partage, d’échange et de rencontre au cœur des coutumes amérindiennes. Chacun est invité à intégrer dans sa démarche personnelle l’expérience qu’il vivra durant le pow wow.


Danse intertribale, à Akwasasne

La Grande Entrée à Manawan.

Le tabac fait partie de plusieurs rituels.

Les porteurs de drapeaux des différentes nations.

La grande entrée à Ottawa.
Le sage porte un eagle staff auprès des drums et, à tour de rôle, les nations participantes installent leurs drapeaux près des musiciens. Par la suite, de nombreuses dansent sont exécutées au son du tambour durant des heures et des jours. Parfois, l’assemblée souligne certains événements importants survenus au cours de l’année; ce peut être un hommage à une ancienne chef, les honneurs rendus à un nouveau chef, le recueillement autour d’un drame ayant marqué la communauté ou encore une danse de médecine pour appeler la guérison d’un malade. À la fin de la dernière journée, le cérémonial du give away (remise de cadeaux) est l’occasion pour la communauté d’exprimer sa générosité envers les participants. Le pow wow se termine par une grande entrée impressionnante où tous les danseurs reviennent en tournoyant dans l’arène de danse avec leurs drapeaux et leurs eagle staff. Solennelle, la finale revêt un caractère de grande dignité.

Les Malécites de Viger rendent hommage à son ancienne chef.

Le give away à Waswanipi.

À Mashteuiatsh, marque de sympathie pour une famille éprouvée.

Les musiciens, les drums

Le son du tambour est le fondement du pow wow; sa présence résonne sur tout le site comme le battement du cœur de la Terre. Un seul tambour joue à la fois. Les musiciens, toujours des hommes, ont donc une place privilégiée au centre et sont respectés par leurs pairs. Chaque groupe a ses chanteurs leaders. Afin de préparer adéquatement leur instrument, la peau du tambour est séchée au soleil ou près du feu. Pour honorer le drum (tambour), on peut lui faire des offrandes, du tabac par exemple, et aucun étranger n’est autorisé à lui toucher. À tour de rôle, les drums performent selon les instructions du directeur de l’arène. Ils peuvent être entre six et douze musiciens autour du même tambour pour chanter et percuter la peau avec fougue tout en marquant le rythme avec des honors beat.

Il y a différents styles de chant. Au nord, on retrouve le style pinched throat (gorge pincée) et au sud c’est le warbling (gazouillant). Les sons produits sont souvent des syllabes sans signification et incompréhensibles. Pour respecter le concept du cercle, les hommes sont disposés autour du tambour pendant que derrière eux les femmes rehaussent la ligne mélodique en pratiquant un type de chant nommé piercing. Les musiciens s’invitent mutuellement à partager leur chant de sorte qu’ils se font un honneur de jouer les uns avec les autres. C’est une façon de faire l’apprentissage de nouveaux chants et rythmes. Dans le pow wow de compétition, des prix pouvant aller jusqu’à 10 000$, sont offerts tels qu’au Black Hills Powwow, dans le Dakota du Sud, aux États-Unis. Il y aussi des chants exécutés en solo, accompagnés d’un petit tambour tenu à la main.
On peut consulter en ligne Musiquenomade.com et Radiotam.tv pour découvrir la nouvelle génération d’artistes, des différentes tendances de la culture musicale autochtone.